Les nombreuses contraintes réglementaires permettent-elles vraiment de protéger nos carnassiers ?

Dans le cas de la pêche aux carnassiers, il existe en effet de nombreuses contraintes à la pratique de la pêche :

-         fermeture annuelle.

-         interdiction d’utiliser perche soleil, écrevisses américaines comme vifs.

-         pêche de nuit interdite.

-         maille pour le brochet, sandre et black bass

-         nombre de ligne par pêcheur

-        

  Les raisons premières de ces contraintes.

Spontanément on imagine que ces contraintes ont pour but de protéger les carnassiers qui subissent une importante pression de pêche mais qui sont également vulnérables à certaines pollutions et aménagements urbains…

 

C’est effectivement la raison principale d’une fermeture annuelle de la pêche du brochet durant la période de fraie… L’idée c’est évidement de foutre la paix au poisson durant une période primordiale de son cycle biologique… C’est aussi l’objectif des mailles. Mais la taille limite de capture a aussi un but halieutique comme la protection des adultes pour augmenter le nombre de poissons trophées. Cette mesure serait d’autant plus efficace si le no-kill était généralisé… Le carpiste est sur ce point un bon exemple car avec la remise à l’eau  nous pourrions nous aussi voir nos poissons trophées grossir d’année en année !!!

 

Le mode de protection français repose donc essentiellement sur la taille de capture et la période de fermeture. Le nombre de capture journalière existe chez nous, mais à la lecture du régime général, on voit qu’il ne concerne que les salmonidés : Article R.236.28. du code de l’environnement. C’est au niveau départemental qu’il appartient au FD de proposer et au préfet d’accepter un nombre limiter de capture de Brochet, sandre, mais aussi au niveau des AAPPMA avec une règlementation interne…

Ce qui représente une responsabilité importante !

Ce mode de gestion via les périodes de fermeture et la maille est-il le meilleur ?

On peut s’interroger lorsqu’on regarde les pays étrangers… Le meilleur exemple est bien l’Irlande. Qui ne rêve pas d’aller taquiner maître Esox dans les vertes contrés Celtes ! Pourtant, la réglementation visant la protection des géniteurs est inexistantes (pas de taille, pas de fermeture !). Par contre l’utilisation des vifs est interdite et l’exploitation de la ressource très orientée par diverses mesures d’ordre halieutique :

-         nombre de lignes limitées à 2

-         capture limitée à un Brochet de moins de 3 Kg par jour sauf s’il s’agit d’un poisson trophée (13kg en lac, 9 kg en rivière) qui doit être présenté en entier au contrôle.

Le poids des FD et des AAPPMA !

On a pu s’apercevoir que les fédérations ont un rôle capital dans la protection du milieu aquatique et de ses espèces. Le code de l’environnement donne effectivement le cadre général minimal, mais celui-ci offre une largesse suffisante pour une protection supérieure dans les départements et sur les cours d’eau qui en montrent la nécessité ! (Exemple :Art. * R. 236-8   (D. no 2002-965, 2 juill. 2002, art. 3.).-Lorsque les caractéristiques locales du milieu aquatique justifient des mesures particulières de protection du patrimoine piscicole, le préfet peut, par arrêté motivé, interdire la pêche d'une ou de plusieurs espèces de poissons dans certaines parties de cours d'eau ou de plans d'eau, pendant une durée qu'il détermine.)  

En reprenant l’exemple du brochet, on constate qu’en pratique (sondage effectué en 1996) 54 départements ferment le brochet en suivant rigoureusement la réglementation national, 2 étendent d’1 semaine, 7 de 2 semaines, 7 de 3 semaines et 22 de 4 semaines (maximum autorisé par l’article R.236….). A voir ces chiffres on pourrait penser que le préfet et les FD jouent bien leur rôle en adaptant la réglementation nationale aux spécificités locales… J’en doute, la réglementation actuelle est encore trop souvent une réglementation d’usage plutôt qu’une réglementation de gestion… Un exemple parmi tant d’autre, l’ouverture du brochet sur le lac de Vassivière, à cheval entre la Haute-Vienne et la Creuse, se fait depuis de très nombreuses années à une semaine de décalage entre les deux départements… Ou est la différence de contrainte ou de réalité naturelle entre ces deux départements…

 

Je vous donne tout de même un petit tuyau, l’article R.236-52 dit : « Quand un cours d'eau ou un plan d'eau est mitoyen entre plusieurs départements, il est fait application, à défaut d'accord entre les préfets, des dispositions les moins restrictives dans les départements concernés. ».

 

Ainsi, le système français n’a pas mis l’accent sur le nombre de capture, en laissant une grande marge de manœuvre aux acteurs locaux (FD AAPPMA).

En outre

A titre indicatif, il est bon de savoir qu’une parte des contraintes réglementaires applicables à la pêche aux carnassiers ont d’autres objectifs que la protection des carnassiers eux-mêmes :

- Mettre  une perche soleil ou poisson chat comme vif est assimilable à une introduction d’espèce susceptible d’entraîner un déséquilibre biologique !

- pour mettre une truite au vif il faut que celle-ci fasse la maille et ceci hors période ou fermeture de la truite !

- mettre au vif une espèce protégée telle que les écrevisses autochtones (pattes blanches, pattes grêles…).

- …

 

C’est l’article R. 236-49 qui permet de faire le lien réglementaire avec la protection général du milieu aquatique et la pratique de la pêche aux carnassiers.

Conclusion

Le système réglementaire est effectivement pavé de nombreuses contraintes. Outre le choix stratégique de mettre l’accent sur les périodes ou les tailles légales de capture, ce système permet tout de même une marge de manœuvre très large aux fédérations, associations de pêche et aux préfets !

Cela reviens donc à donner énormément de responsabilité aux fédérations départementales et aux APPMA afin qu’ils adaptent la réglementation aux réalités de leurs bassins versants.  Mais les gestionnaires des APPMA et FD, qui vivent essentiellement sur un mode associatif et bénévole, sont-il conscient de leurs responsabilités et sont-ils vraiment taillés pour cela ?

En conclusion, on peux dire que le problème ne vient pas du choix stratégiques règlementaire mis en place pour protéger nos carnassiers, mais de ceux qui sont supposés les appliquer en vue de leurs véritables efficacités...