
L’image du garde bourrin, rempli d’à priori, persiste dans de nombreux esprits… Or il y a parfois de bonne raison ! En effet, le garde alcoolique, qui fait 3 PV par an et qui part à la chasse durant ses heures de boulot existe… Je l’ai rencontré ! Ancien propriétaire de bar, il est devenu garde pêche parce qu’il n’a pas réussi le concours de facteur ou cheminot… Il voulait juste être fonctionnaire ! Alors on comprend finalement que le boulot l’intéresse peu et qu’il préfère se livrer à ses vraies passions… Il en a deux : « en 1er le pastis. En 2ème : l’alcool » (Dubosc). Vous direz, celui-là au moins on ne risque pas de le rencontrer la nuit… C’est vrai, mais c’est tout de même dommage car son travail c’est la protection des milieux aquatiques…
Ensuite j’ai pu rencontrer des cow-boys. C’est comme cela qu’eux-mêmes se qualifient parfois !! Leur tactique préférée c’est de se désigner à tour de rôle comme gentil ou méchant. Ainsi, pendant que l’un menace à tout bout de champs, l’autre tente de calmer la situation et joue la compassion. Vu de l’extérieure cela peut vraiment paraître facile d’abuser comme cela de la crédibilité du pêcheur. Les ayant vu à l’œuvre, je peux vous dire qu’ils sont efficaces en méchants. Surtout que pour eux, la pêche de nuit se résume à la possibilité trop facile de braconner les sandres…
Enfin, j’ai également pu voir sur mon chemin le plus incapable des gardes pêche. Ancien routier (je n’ai absolument rien contre cette profession, au contraire, c’est plutôt une bonne chose que ce garde ait changé de métier car s’il était aussi doué sur la route qu’au bord des cours d’eau, il y avait véritablement danger !!) celui-ci était heureusement unique. Je dis était car en janvier 2005, il a était mis à la retraite pour « fragilité psychologique ». En effet, toujours en train de se plaindre sur son sort, il était systémiquement en conflit avec ses propres gardes pêche, à un point ou cela en arriver presque aux mains… je dis bien ses gardes pêches car cerise sur le gâteau, il était chef de brigade !!!!
Ainsi, pendant des années l’image du garde CSP (à l’époque) dans son département se résumait à un rustre, incompétent, et arrogant. Vous imaginez donc l’efficacité de cette brigade… Notamment sur des décisions administratives sur lesquelles lui plus particulièrement était consulté…Je me souviens d’une réunion qui consistait à analyser les demandes de création de plans d’eau et de piscicultures. L’idée lorsqu’un plan d’eau se créé en barrage de cours d’eau c’est de mettre en place les prescriptions afin de limiter au maximum les conséquences sur le milieu. La principale conséquence du plan d’eau sur un cours d’eau c’est l’interruption de la libre circulation du poisson de part et d’autre de l’étang. Ainsi, systématiquement pour toute nouvelle création dans ce cas de figure, c’est l’obligation de la mise en place d’une dérivation. Or, sur un cas précis où la dérivation n’était pas réalisable, celui-ci proposa de faire la dérivation dans le plan d’eau ???!!... Jamais compris ? Ses gardes en rigolent encore…
Après un tel portrait des gardes de l’ONEMA on peut avoir de bonnes raisons d’avoir peur pour la sauvegarde du milieu, mais également pour nos personnes car ces gens là sont armés ! En effet, leur statut d’agent de constations assermenté au contrôle des pêcheurs les oblige dans le cadre des opérations de contrôle à être armés… Il faut bien un magnum 357 pour une bouillette de 20 sur un n°2 !
Les exemples cités sont bien réels et montrent les pires côtés de l’ONEMA… Mais la réalité n’est pas aussi facile que de critiquer les flics et dire que ce sont tous des alcooliques... Même si certains boivent pour toute une brigade !
Il faut savoir tout d’abord que l’ONEMA vient de vivre un grand changement. En effet, ce sont aujourd’hui des agents
Je ne parle même pas des missions qui se déroulent chaque année en Gironde lors de la remonté des pibales (civelles). Lors des contrôles de nuits, obligation d’être munis de gilet par balles et lunettes infrarouges. Ce n’est pas totalement inutile lors qu’on apprend qu’une mamie de 70 ans a été interpellée pendant qu’elle braconnait les civelles avec un calibre 12 dans sa barque !! De même, on peut comprendre la méfiance des gardes lorsqu’on sait que certains carpistes pêchent avec un pistolet automatique à la ceinture, ou se font accompagner d’un Pit-bull, non pas car ils aiment les chiens, mais parce que cela ne nécessite pas de port d’arme.
On parle de trafic, de vol de carpe et d’incapacité de nos administrations à prendre les problèmes au sérieux. Néanmoins, il faut savoir que les moyens d’une brigade ONEMA sont très faibles... Voir ridicules. Dans le département où j’ai exercé mon travail de police de l’eau et de la pêche, il y avait 7 gardes dont le fameux garde chef qui ne sortait quasiment jamais de sa brigade (Heureusement !), plus notre alcoolique. Ainsi, 5 gardes compétents pour contrôler des milliers d’hectares de plan d’eau et des milliers de km de rivière. Jusqu’en 2003, chaque garde possédait sa propre voiture. Mais compte tenu des problèmes financiers du ministère, il a été décrété une voiture pour deux !!!
Enfin, les critiques sur le comportement agressif des gardes nécessitent préalablement d’avoir partagé leur quotidien. Il faut savoir que plus de 50% des personnes qui ont été contrôlées devant moi durant 3 années (ça fait du monde…) n’ont jamais fait ce que leur demandait la loi ou sortaient des mensonges plus gros qu’un silure. Ceci explique sincèrement la méfiance des gardes… Mais face à une personne honnête et respectueuse, ce sont des individus tout à fait respectables dont l’objectif est la protection des milieux aquatiques et des populations piscicoles. Ils sont payés pour cela, et sont vraiment capable de faire avancer les choses.
Ainsi, les gardes pêche sont des individus comme tout le monde. Il y a des bons et des mauvais. Et même pour les plus efficaces il y a des jours avec et des jours sans. L’avenir des gardes ONEMA est partagé… Les moyens donnés à leurs missions diminuent chaque année… Mais les personnes recrutées sont meilleures d’année en années. Il faut savoir que la conjoncture économique pousse les personnes surdiplômées à se présenter à des concours dont ils ont cent fois le niveau. C’est comme cela que lors d’une des dernières vagues de recrutement, un des lauréats au concours avait un doctorat alors que l’accès au concours est ouvert à un niveau inférieur au bac… Ainsi, nous verrons de plus en plus d’ingénieurs ou juristes devenir garde pêche. Si ceux-ci sont aussi passionnés que diplômés cela laisse espérer un avenir plein d’optimisme !
Pour terminer je voudrais signaler, outre les 2 individus cités, que mon expérience au plus près d’une brigade du CSP fut excellente, et même si nous n’étions pas toujours d’accord, les quatre septièmes* de cette brigade ont mis à ma disposition leurs expériences et connaissances du milieu qui pourraient être bénéfique à tous…
*Un grand merci à Bernard, Fred, Richard et Pascal…

GARDE, un métier de passionés et rien d'autres
Ecoute Fabien, moi je
injustice...
Les gardes
et oui...